Ennuyeux à mourir

23 de novembre de 2019 at 20:11
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Source : Flickr

J’ai toujours aimé parler avec les morts. J’ai commencé à le faire à 19 ans sur les conseils de mon voisin, médium de son état, à qui j’avais commenté dans l’ascenseur les manifestations paranormales dont je souffrais chez moi. Trouver mes chaussures dans le congélateur et les carottes au-dessus de l’armoire de ma chambre était vraiment très inquiétant, bien plus que les bruits d’origine inconnue qui me réveillaient la nuit. D’après lui, c’était la façon dont ma grand-mère (défunte) voulait me dire qu’elle souhaitait me faire parvenir un message très important. C’est là qu’a commencé mon étape Ouija. Après avoir contacté ma grand-mère, qui me supplia de ne pas commettre la même erreur qu’elle en me mariant trop jeune (elle avait raison), ma meilleure amie et moi avons passé nos après-midis à nous communiquer avec des esprits de tout poil.

J’ai arrêté subitement quelques années plus tard, effrayée par les avertissements d’un vénérable professeur de parapsychologie de l’Université de Glasgow qui m’avait abordée, une nuit de janvier dans une discothèque de Palma de Majorque, pour me dire sans ambages d’arrêter mes petits jeux. Il avait l’air de parler sérieusement et j’ai obtempéré.

Depuis, je parlais seulement dans ma tête avec mes êtres chers disparus, le plus souvent pour leur demander (sans aucun succès d’ailleurs) de me donner un coup de main dans les moments difficiles.

Et puis mon père est mort, et là, mes chers lecteurs, j’ai fait une découverte surprenante: il faut parler aux morts À HAUTE VOIX pour qu’ils vous entendent et puissent vous répondre. Il faut aussi faire le vide dans sa tête pour ne pas provoquer d’interférences et confondre nos idées avec celles de notre interlocuteur.

Tout ça pour vous dire que j’ai appris que les esprits s’emmerdent. Moi qui pensais qu’ils avaient des tas de pouvoirs sympas comme lire dans les pensées des gens pour découvrir d’horribles secrets! Eh bien, pas du tout. Mon papa m’a dit qu’en plus de ne pas pouvoir manger et boire (ce qui lui manque énormément, le pauvre), il ne peut MÊME PAS voir la télé ou lire les journaux pour suivre l’actualité politique, sa grande passion. Il m’a dit aussi que les relations sociales avec les autres esprits sont assez limitées, un peu comme ici-bas, maintenant que les gens ont tout le temps le nez collé sur leur téléphone. Et pire encore: il m’a dit qu’il ne peut pas m’aider à résoudre mes problèmes, au-delà de me transférer son habilité prodigieuse pour se garer en deux manœuvres. Bref: il s’ennuie à en mourir (une deuxième fois).

Du coup, je lui parle à haute voix toute la journée pour le distraire. Évidemment, c’est embêtant parce que mes voisins se tapotent la tempe en me croisant dans la rue, mais c’est bien la moindre des choses que je puisse faire, n’est-ce pas ?

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