Les grands enfants

22 de junio de 2017 at 9:14
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© Pixabay

Comme tout le monde, les Français adorent coller des étiquettes sur le dos des étrangers.
Les Espagnols, par exemple, sont orgueilleux et passionnés, les Anglais sont des snobs et les Allemands, sinistres.
Quant aux Américains, si naïfs et enthousiastes qu’ils en sont attendrissants, ils seront toujours, et quel que soit leur âge, de «grands enfants». Pourtant, même si c’est le cas, les Français sont-ils vraiment les mieux placés pour le leur reprocher? Je ne crois pas. Il suffit d’observer la façon dont le langage enfantin subsiste dans leur lexique bien au-delà de la puberté.

Attention, ça va faire bobo!
J’ai vu de mes propres yeux mon cousin flic d’un mètre quatre-vingt-treize lancer en plein commissariat: «Allez, les potes, j’vais faire dodo!». En promenant mon gros labrador l’autre jour, une dame très chic m’a complimentée pour mon «joli petit toutou» et avec mes collègues très sérieuses de l’UOC, nous échangeons sans hésiter des tas de bisous dans nos messages. Le magazine Elle n’hésite pas à proclamer ses produits de beauté chouchous, les rédacteurs de L’Auto-Journal adorent faire joujou avec la dernière Peugeot, et les gros machos n’hésitent pas à dire que si une femme est de mauvaise humeur, c’est qu’elle a sûrement ses ragnagnas.

Comment un peuple si digne peut-il tomber aussi bas?

On pardonne tout à un gosse
Le fait que certaines fonctions corporelles conservent leur nomenclature «bébé» dans d’autres langues m’a donné les clés d’une explication. Et si, par ce même mécanisme d’euphémisme, le Français cherchait à s’attirer l’indulgence de ses concitoyens en désignant ses vices et ses faiblesses au moyen des mots de son enfance? Les excréments ont toujours été tabous mais dormir, aimer et jouer ne le sont-ils pas encore bien plus de nos jours?

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