Bilan

14 de diciembre de 2019 at 10:33
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Source: Wikipedia, Jeune femme à sa toilette, Nicolas Regnier (1626). On a à peu près le même âge, mais ce n’est pas moi.

Il y a des jours, comme ça, surtout à la fin de l’année, où je me sens ratée, médiocre, minable. Bref, une pauvre loser, comme dit mon ami Donald Trump. À l’automne de mes jours (j’ai toujours eu envie d’utiliser cette expression particulièrement ringarde), je regarde ce que j’ai fait de ma vie et je pense: «Ma pauvre vieille, quand je pense que tes profs te promettaient à un futur brillant… Si c’est pas malheureux…». Pour être sincère, mon existence n’a pas vraiment été un désastre, mais quand même, j’aurais sans doute pu mieux faire (comme disaient aussi mes profs). En fait, mon problème à moi, c’est que j’ai beaucoup de copines qui sont géniales, ou riches, ou célèbres, et même pire: GÉNIALES, RICHES ET CÉLÈBRES. Alors, évidemment, même si je ne suis pas d’une nature particulièrement envieuse, cela crée quand même des comparaisons tout à fait détestables.

Dans ces moments de faiblesse, je me prends par la peau du cou et hop!, je vais dans la salle de bain, je me plante devant le miroir et, là, je discute avec mon reflet — qui est quelqu’un qui me ressemble énormément, mais en beaucoup plus raisonnable. Notre conversation donne à peu près ça:

MOI (pathétique).  —  Oin!!! J’suis pitoyable!!!

MON REFLET (avec l’expression compatissante de ma conseillère personnelle de la CaixaBank).  —  Mais non! Qu’est-ce qui te prend??

MOI (désespérée).  —  Regarde-moi! Dans pas longtemps, je serai une vieillarde et qu’est-ce que j’ai fait? Pour réussir sa vie, un homme doit faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre! Et moi, j’ai rien fait de tout ça. RIEN DU TOUT!

MON REFLET (machiste).  —  D’abord, tu n’es pas un homme. Les femmes, elles, elles sont moins obligées de réussir.

MOI (outrée).  —  Quoi??? J’croyais que t’étais féministe! C’est même pour ça que j’ai pas eu de gosses!

MON REFLET (serein).  —  Et tu as bien fait. Les pauvres petits, avec une mère comme toi, ils seraient tous devenus des psychopathes…

MOI (gênée).  —  Peut-être, mais mon chien, il est vachement équilibré. En plus, je voulais être écrivaine et regarde le résultat: des posts au blog du CIM. C’est plutôt maigre, comme oeuvre littéraire, non?

MON REFLET (mielleux).  —  Certes… Mais tu as quand même aussi écrit des pubs pour la télé. C’est chouette la pub, non? Cela t’a permis de payer le jardinier qui a planté ton arbre…

MOI (vexée).  —  Me parle pas de la pub!!! J’ai quand même traduit deux livres…

MON REFLET (moqueur).  —  En attente de publication depuis, euh… quatre, cinq, six ans?

MOI (hautaine).  —  C’était des trucs… minoritaires… culturels. Tu peux pas comprendre.

MON REFLET (offensé).  —  Hum… Je te signale que JE suis TOI…

Un ange passe…

MOI ET MON REFLET (en larmes).  —  Oin!!! On est pitoyables!!!

Moralité: Gardez-vous bien des bilans existentiels! Joyeux Noël et Bonne Année!!! Je vous laisse avec Pierre Desproges, le roi de l’humour grinçant à la française!

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